Memoires d'Alphonse Leroux
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Mon frère se décida à suivre ce conseil et se faire opérer
par un chirurgien renommé, spécialiste dans cette opération particulière.
Au premier stade de celle-ci, il fut empoisonné par le chloroforme, accident
extrêmement rare, mais sans remède efficace. Mon frère eut la suprême consolation
d'être entouré des siens à ses derniers moments. Il décéda le 22 juillet 1925.
il repose à CRESPY.
J'éprouve le besoin d'ajouter quelques lignes de souvenirs du mariage de mon
frère aîné à TRANNES le 28 janvier 1896, parce qu'il marque une étape dans
ma vie.
D'Orchies nous étions arrivés la veille au Château
de Beaulieu. Je ne me rappelle plus les membres de la famille qui étaient
venus, nous étions encore en deuil de mon père. Il y avait en outre un ami
de la famille, Augustin Debuchère, puis Monsieur et Madame DUROYON
et leur fille.
Il faisait un froid très vif, dans le château également. Au dîner du soir,
on entassait bûches sur bûches dans l'appareil de chauffage qui ne résista
pas à l'intensité du feu et se craquela, au grand désespoir de son propriétaire.
Au moment du coucher on m'indiqua une chambre à partager avec Augustin Debuschère
au dessus de la cuisine. C'était me semble-t-il un débarrassoir qui avait
été déblayé et balayé, mais on avait laissé pendre au plafond un certain nombre
de peaux de lapins.
A cause du froid, j'éprouvais le besoin de me donner du mouvement, de gesticuler
et à un moment donné, je tirais du fourreau le sabre d'Augustin Desbuchère
qui était venu en uniforme d'artilleur. Je faisais quelques moulinets, certains
fauchèrent les peaux de lapins. J'étais assez effrayé des dégâts que j'avais
causés. On ne m'en fit pas mention par la suite.
Le lendemain matin, nous nous levions assez tôt, espérant trouver au rez-de-chaussée
à nous réchauffer, mais il n'y avait que la cuisinière d'allumée, personne
n'était encore descendu. Nous devions attendre longtemps le petit déjeuner.
Tout en ayant passé un pardessus sur ma tenue en habit, je grelottais de froid.
Cependant la journée se passa assez bien. La cérémonie à l'église de TRANNES
était bien. Le dîner eut un peu d'entrain. Monsieur Croissant
avait reçu un panier de champagne d'un ami de cette région, on en but quelques
bouteilles mais on tenait aussi à en conserver suffisamment pour d'autres
circonstances. Après le dîner, les groupes se dispersèrent un peu de tous
côtés, c'est ainsi que j'eus l'occasion d'avoir à causer avec Mademoiselle
DUROYON qui de mon fait devint un entretien sentimental, ce fut le prélude
de nos fiançailles.
[SUITE]