Memoires d'Alphonse Leroux

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Si j'avais cruellement souffert du froid pendant ce court séjour à Beaulieu, je rentrais rayonnant de joie avec un charmant espoir pour l'avenir.
Mon plus jeune frère naquit à Orchies le 25 octobre 1873 à la maison près de la gare, tandis que les trois aînés avaient vu le jour à la maison de la rue Jules FERRY, dénommée à cette époque rue Coutichoise. Déjà à trois ou quatre ans, il donnait des signes d'une intelligence éveillée et d'une mémoire surprenante. On lui avait donné un petit album sur lequel était collées une dizaine d'images d'Epinal. Il demandait assez fréquemment qu'on les lui lise, qu'on lui donne des explications sur les illustrations. Des visiteurs prévenus lui demandaient volontiers "Il sait déjà lire ce grand garçon ?". il s'emparait alors de son livre d'images et récitait rapidement l'une d'elles; il se trompait parfois d'image et les plaçait à l'envers. Comme dernier venu, il était très gâté à la maison.
Très tôt, il alla à l'école des frères, tout de suite il se fit remarquer par ses heureuses dispositions pour apprendre. Au début de 1883, alors que j'étais en pension en Angleterre, je reçus une lettre de mon père m'informant qu'Alexandre jouant dans la fabrique avec des gamins de son âge au premier étage, où il n'y avait qu'un plancher posé provisoirement, était tombé sur le sol, avait été relevé en piteux état, le nez cassé et de graves contusions à la tête, que le docteur se montrait très inquiet sur les suites de cet accident.
Une huitaine de jours après, je recevais une seconde lettre disant qu'on était rassuré et que la guérison n'était qu'une question de jours.
Quand je rentrai à la maison quatre mois après, j'eus la satisfaction de constater qu'Alexandre n'était pas défiguré, le nez avait été parfaitement remis en place, qu'il était en parfaite santé.
Alexandre partit au pensionnat des frères peu après sa première Communion. Par la suite il fut toujours dans les premiers de sa classe. En Préparatoire pour l'examen d'admission à l'Ecole Centrale dirigée par le frère Jean, un savant mathématicien qui avait réussi pendant plusieurs années consécutives à faire obtenir la première place à ses élèves, était convaincu qu'Alexandre qui s'était particulièrement distingué pendant l'année continuerait cette brillante lignée. Il réussit en effet ses compositions d'une façon parfaite sauf cependant celle de dessin. Il avait ce jour-là un violent mal de tête, était de ce fait énervé, son dessin n'était pas suffisamment net et il n'obtint que la deuxième place d'entrée. Il continua à se maintenir dans les premiers rangs, sauf pendant la dernière année. Il avait été dérangé par la maladie et la mort de notre père. Il ne sortit que vingt-sixième si ma mémoire est exacte, c'était déjà très bien.

[SUITE]