Memoires d'Alphonse Leroux

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Sans trop le laisser paraître, mon père était fier des succès d'Alexandre. ll entrevoyait avec plaisir qu'il serait bientôt ingénieur comme l'avait été notre grand-père.
Il n'eut malheureusement pas la satisfaction de voir ce rêve se réaliser.
Après sa sortie de Centrale, Alexandre avait l'intention de se diriger vers l'industrie sucrière, peut-être à cause des succès de notre frère Adrien, mais celui-ci ne voyait pas la chose d'un bon oeil. Peut-être pensait-il que deux LEROUX dans la même carrière aurait pu prêter à des confusions, en tout cas il essaya de détourner Alexandre de son projet et ne fit rien pour l'aider.
Par la suite, Alexandre ne savait trop vers quelle branche se tourner. Déjà à cette époque nombreux étaient les jeunes ingénieurs qui trouvaient assez difficilement à se placer. C'est alors que j'eus l'idée de lui parler de la fabrication des boîtes métalliques. J'en achetais des quantités assez importantes en Allemagne, elles étaient grévées de 30 % de frais de douane et de transport. Il me semblait que cette marge était suffisante pour laisser un bénéfice à une fabrication en France. L'idée ne déplut pas à mon jeune frère.
Je lui proposai alors de faire un voyage d'étude en Allemagne, je pensais pouvoir m'introduire chez les fabricants de boîtes avec qui j'étais en relations. Je réussis à trouver un guide, un représentant allemand en machines industrielles. Nous fûmes reçus partout avec complaisance et pûmes examiner le matériel.
Cette fabrication nous avait semblé un peu compliquée surtout à cause de l'imprimerie qui nécessitait des fours à températures diverses pour sécher et fixer les couleurs. Mon frère n'hésita pas à étudier une installation. Il trouvait que tout compte fait les machines à fabriquer les boîtes étaient à peu près toutes semblables, qu'il s'agissait d'agrafer les côtés, sertir le fond et façonner le couvercle en adaptant les machines suivant les formes et formats.
A ce moment, mon frère fut aidé par mon ami Monsieur DEHON, qui lui démontra que la partie imprimerie n'était pas compliquée et qu'il l'aiderait le cas échéant à la mettre au point. Ce fut alors que nous nous entretînmes avec Monsieur DUROYON. Il fut vite convaincu que notre projet était viable; il s'agissait de trouver le moyen de le réaliser. Il fut d'abord convenu de fonder une société: Alexandre devait apporter une partie de son avoir, Adrien, Monsieur DERIEUX et moi-même chacun 50 000 F, si mes souvenirs sont exacts, Monsieur DEMON de même ainsi que Monsieur DUROYON et un de ses amis de Caudry. Ceci fait, il fallut décider où on bâtirait l'usine.

[SUITE]