Memoires d'Alphonse Leroux
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Monsieur DUROYON
et Monsieur DEMON furent d'avis de la fixer à CAMBRAI. On acheta un terrain
à l'angle de deux rues, rue de Valenciennes près du pont de chemin de fer.
Alexandre aidé de Monsieur DUROYON, établit les plans de construction,
s'occupa de l'achat de matériel. La mise en route fut assez difficile,
le personnel n'était pas au courant, il fallait faire son apprentissage.
Je remis la première commande des boîtes ménagères, j'eus bien des
ennuis avec cette fourniture, le sertissage des fonds était défectueux,
l'agrafage des côtés irrégulier, les charnières mal posées. J'eus
pas mal de boîtes à mettre au rebut. Les premiers exercices de l'usine
furent en pertes assez importantes, mais à la veille de la guerre
14, la fabrication était au point, les résultats satisfaisants.
A cette époque, mon frère Alexandre
était déjà une personnalité à CAMBRAI, il avait de nombreuses relations,
était juge au tribunal de commerce. Il était très connu aussi dans
les milieux de l'escrime du Nord. Gaucher, il avait un jeu précis
très personnel. Il sortait d'ailleurs toujours des tournois dans
les premiers rangs. Il débuta la guerre par la campagne de Belgique.
Témoin des atrocités commises par les Allemands, il détacha un exprès
auprès de sa femme pour l'engager à partir de suite avec les enfants
à l'intérieur de la France. Ce ne fut pas possible. Nous l'avons
reçu plusieurs fois pendant ses permissions, la dernière fois il
était amaigri, semblait plus sombre.
Le 7 juillet 1916, sa position aux Bois Bourrus (Meuse) était bombardée.
Il sortit de son abri pour donner l'ordre à ses soldats restés à
découvert de descendre à leurs tranchées. C'est à ce moment qu'il
fut atteint d'un petit éclat d'obus qui lui traversa le coeur et
le blessa mortellement. Son colonel écrivit pour manifester ses
regrets de la perte de son capitaine et dire toute l'estime qu'il
avait pour lui. Plusieurs de ses camarades témoignèrent aussi de
la peine et de l'amitié qu'ils avaient pour lui, pour dire également
combien il était aimé de ses hommes.
Il fut par la suite décoré de la Croix de Guerre et nommé Chevalier
de la Légion d'Honneur. Avant lui, notre frère Adrien
avait obtenu la même distinction à titre étranger. Plus tard, j'étais
également nommé Chevalier au titre syndical. Au début de 1939, j'étais
proposé pour la nomination d'Officier.
Celle-ci n'eut pas lieu la guerre survenu. Je n'en fus nullement
contrarié. Je préférais rester sur le même plan que mes deux frères.
Le corps de mon frère fut plus tard ramené à CAMBRAI où il repose
au Cimetière Saint-Géry.
Au début de 1919, les actionnaires de l'usine des boîtes métalliques
se réunirent pour décider ce qu'il y avait lieu de faire au sujet
de cette entreprise. Ils estimèrent qu'il n'y avait pas lieu de
continuer à l'exploiter.
[SUITE]