Memoires d'Alphonse Leroux
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On m'a rappelé aussi
que ma mère
était venue avec moi à Roissy pour me sevrer, mais je m'y étais
montré tellement difficile qu'on avait demandé à ma mère de ne pas
prolonger son séjour (et) de reprendre le chemin d'Orchies.
La grand-mère était de petite taille, toujours vêtue de noir avec
un bonnet de même couleur; elle marchait par saccades et parlait
de même. Très active, elle se levait le matin à l'arrivée des charretiers,
elle tenait à assister à la distribution de l'avoine et au départ
des équipages. Puis elle rentrait dans sa chambre, sans doute, peut-être,
pour se remettre au lit, on ne la voyait plus d'ailleurs que par
intervalles dans la journée et aux repas où elle s'entretenait des
choses de la ferme avec l'oncle Victor
et les tantes Victoire
et Camille.
L'oncle Victor gérait la ferme, commandait les
travaux des champs, allait au marché de Paris le mercredi, parfois
au marché de la paille le samedi à Saint Denis. Je n'ai jamais su
si c'était lui ou la grand-mère qui s'occupait des écritures de
la ferme. Tous deux restaient le plus souvent plusieurs heures du
jour dans leur chambre.
Souvent vers 8 heures du matin, l'oncle Victor enfourchait son cheval
et partait en plaine voir les ouvriers au travail. Un peu plus tard,
sans doute parce qu'il était fort lourd, c'est en tilbury qu'il
faisait sa tournée aux champs. A ce moment, c'était un cheval déhanché
acheté à un loueur de voiture qui faisait le service. Ce cheval
"La Blonde" malgré son aspect disgracieux trottait bien, était très
courageux. C'est lui qui allait aussi chercher les voyageurs à Survilliers.
L'oncle Victor était un homme puissant, de taille moyenne, il devait
approcher de 100 kg, il était presque toujours couvert parce que
très chauve. Il avait de mauvaises dents et une barbe châtain bien
fournie. Il s'intéressait beaucoup à tous ses neveux et à tout ce
qui touchait la famille. Dans celle-ci on disait que c'était un
cultivateur très compétent, très avisé. Il décéda en 1907 à la suite
d'un transport au cerveau, il était très frappé à la suite de la
grève des ouvriers agricoles.
A la suite de sa maladie, on chercha à céder la ferme de Roissy.
A cette occasion, l'esprit de famille se manifesta de nouveau, on
aurait voulu qu'un neveu reprenne la ferme. Mon frère Adrien
avait hésité à le faire et il y renonça parce qu'il estimait que
la charge était trop lourde.
Les tantes Victoire
et Camille étaient les ménagères de la maison, mais elles s'intéressaient
aussi à la ferme, au potager, à la basse-cour et rapportaient à
l'oncle Victor ce qu'elles avaient pu remarquer d'anormal dans les
allées et venues de la cour ou autres renseignements qu'elles avaient
pu avoir.
[Suite]