Memoires d'Alphonse Leroux
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J'en arrive maintenant
à mes parents.
Je regrette [de] ne savoir mieux peindre mes personnages pour donner
une idée plus exacte, plus vivante de mon père et de ma mère. Je
vais cependant m'y appliquer, mais je suis bien paresseux ces temps-ci.
La tante FOUILLAUX
avait perdu son mari après 7 ans de mariage. Elle avait trois enfants
dont le plus jeune n'avait que 2 ans. Ma grand-mère demanda à ma
mère d'aller à Attainville, près de sa soeur, pour lui tenir compagnie
et l'aider. Les FOUILLAUX étaient cousins avec les DUFIE, c'est
ainsi que mon père eut l'occasion de rencontrer ma mère et que le
mariage s'ensuivit.
Vers l'âge de 50 ans, mon père était légèrement corpulent, de taille
moyenne, il avait une belle carrure. Ses cheveux noirs, partagés
par une raie sur le côte droit, le visage plutôt carré, de teint
mat. Il portait une moustache taillée au ras de la lèvre supérieure,
il ne portait ni lunettes ni pince-nez. Il était toujours tête nue,
ce qui était une exception à à l'époque surtout pour ses courses
dans Orchies. Evidemment pour aller à Lille ou ailleurs, aux enterrements,
mon père se coiffait d'un chapeau melon. Son costume journalier
était un bourgeron court ou une veste bleue. Cela était aussi la
tenue des Lillois qui portaient un même bourgeron un peu plus long
et une casquette de soie noire.
Mon père se levait tous les matins à 5 heures 1/2, il assistait
à la mise en route de la machine à 6 heures, puis faisait une tournée
dans l'usine pour s'assurer que tous les ouvriers étaient bien à
leurs postes.
Il rentrait à la maison et faisait sa toilette dans la cuisine sur
un bout de table.
Quoique la maison soit grande, il n'y avait ni cabinet de toilette,
ni salle de bains. Il y avait simplement, dans la chambre de mes
parents, ce qu'on appelait une toilette, c'était un meuble classique
à l'époque. En soulevant le dessus et en le renversant on se trouvait
en face d'une glace, la partie faisant table s'avançait avec bassin
et pot à eau. Le dessous comportait trois tiroirs dans lesquels
on logeait serviettes et objets divers.
La toilette de mon père comprenait tous les deux jours un coup de
rasoir. Le perruquier qui se rendait à domicile venait quelques
fois en passant. Il demandait 0,10 F pour la barbe et 0,25 F pour
la taille des cheveux.
Apres la toilette, c'était le petit déjeuner du matin à la cuisine
également, c'était là d'ailleurs qu'on y prenait tous les repas.
Enfin à 8 heures, il était au bureau, le courrier était arrivé mais
n'était jamais volumineux à cette époque, ce qui était le plus intéressant,
c'étaient les lettres des voyageurs.
[Suite]