Memoires d'Alphonse Leroux

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C'est à partir de ce moment-là qu'on alla chaque année passer quelques jours à la mer.
Au point de vue physique, ma mère était de taille moyenne, la figure plutôt osseuse, un peu carrée, une bonne vue, elle ne porta que très tard des lunettes, les cheveux plutôt clairsemés comme la plupart des TAVEAU, enfin elle portait un dentier.
Très active pour l'entretien de la maison, elle avait cependant le défaut d'avoir plutôt peu de mémoire et pas beaucoup d'ordre dans ses affaires. Si je fais cette petite critique, c'est que j'ai eu en héritage ces défauts qui m'ont rendu le travail plus difficile.
Combien de fois ai-je perdu du temps à rechercher des papiers, ne me souvenant pas où je les avais classés. Alors que j'ambitionnais les gens qui avaient toujours leur bureau net, le mien était toujours encombré de papiers mal rangés.
Ma mère faisait aussi fort peu de correspondance et en dehors du journal qu'elle parcourait parfois, elle ne lisait guère, sinon parfois les feuilletons du Journal des Modes le dimanche après-midi. Cependant on découpait avec soin les feuillerons de tous les journaux qu'on recevait, on les brochait, ils étaient conservés dans cet état, ils n'en sortaient plus je crois du grenier où ils étaient remisés. En relisant ce paragraphe, je trouve qu'il n'est pas rédigé d'une façon assez élogieuse pour ma mère. Ma grande affection pour elle aurait dû me dicter une rédaction plus sentimentale et moins improvisée.
Le peu de différence d'âge entre mon frère Adrien et moi a fait que nos relations ont été fort étroites, nous étions ensemble dans les mêmes pensions, ensemble aussi pendant nos vacances.
Mon frère était un élève moyen, comme moi-même d'ailleurs. Son échec au premier examen de l'Enseignement Secondaire fit qu'il dut redoubler la Première Classe. Je l'y rejoignis. Il passa avec succès le second examen. Je le réussis également, mais je crois que ce succès n'était pas mérité.
Pendant les vacances, nous vagabondions souvent ensemble, des promenades imprévues dans la campagne, la pêche aux épinoches dans le canal, les pauvres poissons rapportés et mis en bocaux avaient le plus souvent le ventre en l'air 24 heures après.
En 1874, mon frère et moi, nous partions en pension à Lille. Je n'avais que 8 ans.
Nous devions suivre les cours chez les Jésuites et être pensionnaires chez Monsieur CHAULEUR, rue de la Barre qui tenait précisément pension pour les élèves des Jésuites.
On y était passablement. Mon voisin d'alcôve au dortoir était un élève de la Flandre appelé MALOT, de deux ou trois ans plus agé que moi. Je fus tout surpris de le retrouver 15 ans après fabricant de Chicorée à Bouchain. Nous avons depuis toujours entretenu des relations très amicales.

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