Memoires d'Alphonse Leroux
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Sept ou huit mois après notre entrée chez Monsieur
CHAULEUR, un beau matin, mon frère Adrien se sauva, il revint à
pied. Il fut vertement reçu à la maison.
Deux jours après on venait me chercher, mon père estimait que j'étais
trop jeune pour rester seul en pension.
A la rentrée des classes nous étions en pension à l'institution
FREYS, c'était une boîte à bachot. Nous n'étions que huit ou dix
jeunes élèves. Nous avions deux heures de classe le matin, autant
l'après-midi. Tout le reste du temps se passait à l'étude où nous
ne manquions pas d'énerver le pion chargé de la surveillance.
L'événement marqué de cette année ce fut ma première Communion.
Je n'eus d'autre préparation que la Retraite à l'église Saint-Etienne.
Ma mère vint le jour de ma première Communion. Après la messe, nous
fimes une promenade dans Lille, elle nous parut bien longue, ensuite
dîner au restaurant, puis nouvelle promenade en attendant les Vêpres.
Ma mère partit durant la cérémonie, c'était l'heure de son train
de retour. Apres les Vêpres, je rentrai à l'Institution et la soirée
se passa comme d'ordinaire de façon bruyante.
Un autre incident de mon passage à l'Institution FREYS j'avais subtilisé
quelques timbres dans la collection d'un grand élève qui s'appelait
MINET. Je pensais qu'il ne s'en serait pas aperçu mais je fus dénoncé
et dû subir toute la honte de mon larcin.
Celui-ci eut une suite imprévue. Quelques années après, je rencontrais
MINET à Lille, on rappela l'affaire des timbres en plaisantant.
Comme je demandais à MINET ce qu'il faisait, il me dit qu'il était
tailleur. Depuis ce jour je me suis fait habiller chez lui et j'ai
toujours continué. Il y a quelques années, MINET me disait: " C'est
dommage que ma collection de timbres n'ait pas eu plus d'amateurs,
savez-vous que vous êtes maintenant un de mes plus anciens clients?"
D'après ce que nous racontions à la maison, mon père s'aperçut que
nous n'étions pas dans un milieu convenable à l'institution FREYS
et à la rentrée, nous étions au pensionnat Saint-Pierre tenu par
les frères. Nous devions y rester cinq années.
Mon frère était toujours une classe avant moi, mais comme il redoubla
sa premiere, je l'y rejoignis. Il avait plus de moyens que moi,
mais j'étais plus travailleur et tout compte fait, nous avions à
peu près les mêmes places.
En 1882, mon frère Adrien et moi obtenions notre diplôme d'enseignement
secondaire, c'était à cette époque le bachot français. Les études
n'allaient pas au-delà au pensionnat des frères de Saint-Pierre.