Memoires d'Alphonse Leroux
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Rentrés tous les deux à la maison, mon père estimait
que j'étais trop jeune encore pour prendre place au bureau. Mes
professeurs me conseillaient de faire une année de latin pour passer
le Baccalauréat es Sciences. Quant à mon frère Adrien, il restait
a la maison.
Je ne sais trop pourquoi mon père ne parlait pas de l'occuper à
la fabrique. A cette époque, mon frère Adrien ne savait guère ce
qu'il voulait faire, il s'intéressait à tout sans s'attacher particulièrement
à une branche quelconque.
Le dimanche matin, il allait à Tournai suivre les cours d'arboriculture
qui lui plaisaient énormément; en semaine il lisait beaucoup, la
chimie l'attirait spécialement et c'est qu'à l'approche de la campagne
sucrière, il chercha à se caser dans une sucrerie. Il trouva une
place chez Monsieur CAMBRANNE à Saint-Martin au Laert près de Saint-Omer.
Monsieur CAMBRANNE était père d'une nombreuse famille et mon frère
était accueilli à leur table. Ces débuts furent agréables; outre
le travail de laboratoire, mon frère s'initiait à la fabrication
du sucre, se familiarisait avec le matériel.
La campagne suivante, mon frère était embauché comme chimiste à
la sucrerie de Belleville-le-Cornte (Eure et Loir). Cette fois,
il était orienté vers la sucrerie. Plus tard, vers 1886, je ne saurais
fixer la date exacte, mon père s'intéressait dans la Société de
la sucrerie de Mouchin. Il pensait que mon frère pourrait être sous-directeur
d'abord et directeur quelques années plus tard.
Il fallait renouveler le matériel de cette sucrerie, ce qui fut
confié à la compagnie de Fives-Lille. Mon frère étudiait les plans
d'installation, discutait avec l'ingénieur, suivait de près tous
les travaux. La sucrerie en marche ne donnait pas de résultats appréciables:
le sucre était trop bon marché. Après la fabrication, mon frère
s'intéressait à la culture de la betterave, il voyageait de temps
à autre à l'étranger, en Allemagne, en Autriche pour visiter des
sucreries. ll suivait de très près tout ce qui concernait la fabrication
de sucre, les revues et journaux.
Pendant son exercice à la sucrerie de Mouchin, il eut un grave accident,
je ne saurai préciser en quelle année. En passant dessus un bac
contenant de la mélasse bouillante, il trébucha et une jambe s'enfonça
dans la mélasse. Quand on lui retira la botte, la chair de la jambe
était à vif. Il eut beaucoup à souffrir de cet accident. Un jour
qu'un de ses amis, étudiant en Pharmacie à Lille était venu le voir
et qu'on lui décrivait l'état de la jambe, il demanda la voir. Il
fut frappé de la couleur de la plaie, il lui sembla qu'il y avait
un commencement de gangrène.On fit venir immédiatement le Professeur
DURET qui confirma qu'en effet la plaie était menacée de gangrène
; Il prit vertement à partie Monsieur LECOEUVRE, le médecin traitant.
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